Une bavure policière à Grasse.

Publié le par LCR 06 OUEST

lu sur la liste de diffusion TAM-TAM, les Alternatifs 06


"Il avait 22 ans. Hakim est mort dans des conditions suspectes après une interpellation  violente effectuée par la BAC en haut du bd Victor Hugo à Grasse, vendredi 9 mai en début d’après-midi.


Hakim s’était rendu à sa banque, pour y retirer de l’argent. Il a essuyé un refus et s’est énervé. Le directeur de la banque a alerté la police. Hakim regagnait son domicile quand il a été interpellé.

Il est mort peu après, à l’arrivée au commissariat de Grasse.

«L'interpellation menée par les policiers était justifiée, les techniques d'interpellation était justifiées. Ces techniques, qui sont traumatisantes, ont-elles été maîtrisées ? Tout est question de mesure et de dosage. C'est une question à laquelle devra répondre l'instruction », a précisé le procureur.

Des témoins, qui ont tous décrit la violence de l’opération d’immobilisation, sont intervenus pour signaler que le jeune homme était violet. Ils n’ont pas été écoutés, l’un d’eux a même été interpellé et conduit au commissariat.

Ces techniques de contrôle de la déviance reproduisent des conduites déviantes. Un état démocratique doit enseigner ces « techniques » pour faire face à de situations très particulières, très « limites » et non pas pour « interpeller » un jeune qui s’est énervé.

Le rapport d’autopsie signale« de possibles signes d’asphyxie …Ce ne sont pas des coups portés qui ont entraîné la mort, mais éventuellement les techniques d’immobilisation et d’étranglement qui ont pu y concourir…Toutes les hypothèses sont ouvertes. » selon la déclaration du procureur. Le parquet a ouvert une enquête et prétend faire la lumière sur les causes de la mort d'Abdelakim Ajiimi, lors de son transfert au commissariat.

La mort du jeune homme a provoqué une vive émotion à Grasse, où une marche silencieuse a été organisée dimanche 11 mai. Plus de mille cinq cents personnes se sont rendues jusqu’au commissariat, dans le calme, pour demander que la justice fasse son travail.

Une information judiciaire pour homicide involontaire a été ouverte mardi par la parquet de Grasse. Le parquet de Tunis, dont était originaire le jeune homme, a également ouvert une enquête.

La famille se porte partie civile ; son conseil se déclare satisfait que l’autopsie n’envisage pas que la mort soit naturelle et qu’une information judiciaire soit ouverte pour homicide involontaire.

Le comité de soutien, les associations, comme le MRAP qui a été présent dès samedi, les citoyennes, citoyens qui ont manifesté leur soutien à la famille et aux proches d’Hakim auront à faire preuve à leurs côtés de vigilance et de fermeté pour la suite de l’enquête.


Un constat, froid et inquiétant: dans notre société, on peut se rendre à la banque, avoir un moment d’énervement ou un geste de colère et se retrouver mort, à la suite d’une interpellation menée par la police ! Quelle perception des jeunes, et en particulier des jeunes qui n’ont pas la peau assez blanche, véhiculent les discours sécuritaires de la tolérance zéro ? Quelles consignes, claires ou sous-entendues, pour que des policiers considèrent comme leur mission la maîtrise « à tout prix » -et quel prix !- d’un jeune homme qui ne présentait aucune menace pour l’ordre public à ce moment-là.

Notre société, avec son discours sécuritaire et répressif qui veut la gangrener, ne tolère plus aucun « débordement » (colère, moment d’humeur,…). Sarkozy et ses sbires veulent empêcher la libre expression dans la rue lorsque celle-ci dérange « l’ordre établi », fait la chasse aux « clandestins » et travaille pour des patrons qui ne sont jamais mis en cause. Tous les moyens de répression, légaux ou non, sont utilisés,. à l’heure où sont dépénalisés les actes des patrons délinquants (fraudes fiscales, licenciements,…), où les abus de biens sociaux risquent de l’être. On constate que cette délinquance autrement plus grave que celle des incivilités, avec leurs conséquences économiques et humaines en cascades, est minimisée, voire considérée comme un acte positif courageux pour faire vivre l’économie française (voire la faire rayonner à l’étranger !).

Nous ne pouvons pas accepter que les missions de la police deviennent une mise au pas des jeunes, et en général, des citoyennes et citoyens. C’est un jour une incivilité qui est réprimée avec un résultat dramatique, c’est un autre jour les interpellations, la confiscation de matériel de manifestants politiques et syndicaux , comme à Vienne vendredi 16 mai, pour empêcher toute expression publique lors de la visite du chef de l’état.

On ne peut oublier de prendre en compte aussi la politique sauvage menée vis-à-vis des sans-papiers, adultes et enfants, interpellés eux aussi avec des démonstrations de force qui ne respectent ni les personnes et leurs droits fondamentaux d’ humains, ni même les lois !

Marcelle Monzeglio –Les Alternatifs du pays grassois

Conseillère municipale à Grasse



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