OIN : pourquoi s'inquiéter, pourquoi se mobiliser !

Publié le par LCR 06 OUEST

De nos camarades des Alternatifs 06.

OIN : pourquoi s'inquiéter, pourquoi se mobiliser !

 
    Il est facile, en s'appuyant sur le constat que tout un chacun peut faire, de convaincre de la nécessité d'organiser l'aménagement de la plaine du Var, vouée depuis trois décennies à recevoir, avec des fortunes diverses, tous les projets qui ne trouvent pas place ailleurs : stades, centres commerciaux, lycée, foyer Sonacotra, salle de spectacle, prison, etc.


    C'est sans doute cette situation déplorable qui est l’un des facteurs explicatifs de l'adhésion(1) de la quasi totalité de la classe politique à la décision de l'État de décréter Opération d'Intérêt National (OIN) l'aménagement de ce secteur sensible. Opération approuvée par le Conseil régional, sous la houlette du socialiste Vauzelle…et par les élu-e-s locaux du PS comme du PCF dès l’automne 2007. A Nice, il a fallu la prise de position claire et nette de la liste NICEA dans la campagne électorale municipale, et des Alternatifs au conseil municipal en février 2008, pour faire un peu bouger les lignes et entraîner quelques timides interrogations dans les rangs de la gauche.


   Paul Cuturello (PS) précisait dans sa profession de foi de candidat à la législative partielle dans la 5e circonscription qu'en allant voter pour lui, nous manifesterons "notre souci de préservation de l'environnement" car l'OIN "pourrait aboutir à une urbanisation forte avec la construction d'immeubles de grande hauteur". Quant à G. Gianno (candidat PCF), il promettait la "vigilance" face à l'OIN.


    Bien piètre méfiance vis à vis d'un projet qui, même si l'on n'en connaît pas les détails, est assez précis pour inquiéter.


Démocratie ?


    L'OIN est un processus qui prive totalement les citoyen-ne-s du (très relatif) contrôle qu'ils-elles peuvent exercer dans les procédures telles que l'élaboration des Plans locaux d'urbanisme ou des Schéma de cohérence territoriale. Les règles de l'OIN s'imposent, sans participation citoyenne, à tous les autres règlements d'urbanisme!


Pourquoi l'OIN ?


    A priori, il est difficile de croire que l'aménagement des quelques hectares non encore totalement urbanisés qui s'étendent le long du Var, aux porte de l'agglomération niçoise, revêtent soudainement un intérêt "National".


    Dans un premier temps, on a pu croire que la menace de passage par une OIN était brandie par Estrosi pour faire sortir la plaine du Var de l'escarcelle de Peyrat, alors maire de Nice et président de la CANCA. Force est de constater que cette hypothèse est devenue caduque depuis la prise de contrôle de la mairie de Nice et de la Communauté d'agglomération par ce roi du cumul qu’est le président du Conseil général-maire de Nice-président de la CANCA... et "nouveau" député de la 5e circonscription!


    Restent deux hypothèses.


    Où bien il faut croire ce qu'écrit Thierry Bahougne, le préfigurateur de l'OIN : il existe une "métropole azuréenne", cette métropole s'étend "de l'est varois à Gênes", compte "3,5 millions d'habitants" et la plaine du Var "est appelée à en devenir le cœur". Ce qui se justifie à ses yeux parce que l'aéroport de Nice étant le 2e de France, la "métropole azuréenne" est "l'une des deux portes d'entrée en France", au "rayonnement de dimension mondiale" (face à Marseille et Gênes "de dimension méditerranéenne" et Barcelone "de dimension européenne"). Au-delà du caractère délirant et mégalomane d’un propos qui ferait s’esclaffer n’importe quel géographe, il est raisonnable de penser que ce discours a en réalité une autre fonction. Surtout quand on lit sous la plume du même Thierry Bahougne que le modèle économique azuréen est "la rencontre des élites politiques, intellectuelles et économiques mondiales avec un environnement d'une qualité exceptionnelle"(2)


    Ou bien tout ceci ne sert qu'à justifier le soi-disant "intérêt national" et nous trouvons peut-être la clef dans un autre paragraphe du rapport Bahougne. Il s'agit, à travers l'OIN, "d'offrir un champ d'expérimentation et de démonstration pour la mise en oeuvre de principes de développement durables de haute qualité" pour "permettre à la France de tenir un rang mondial élevé dans la promotion de politiques en faveur de la construction de zones de vie et de prospérité respectueuses des équilibres naturels".


Un test grandeur nature ?


    Nous y sommes : la plaine du Var serait un terrain d'expérience et une vitrine. Et tous les éléments sont en place pour le scénario : une majorité politique sûre et une gauche ligotée par sa propre capitulation, un discours "écolo" rodé depuis quatre ou cinq ans par Estrosi(3), un possible aménageur(4), un espace tellement maltraité et déconsidéré que tous s'accordent sur la nécessité d'y intervenir.


    S'appliquera alors la doctrine libérale chère à Sarkozy en terme d'environnement et d'écologie : on "sanctuarise" des espaces restreint bien délimités qui servent à la fois d'image d'une "bonne" gestion écolo et de lieu de loisir pour citadin-e-s voisin-e-s. Partout ailleurs on bafoue sans vergogne les règlements existants et l'on indemnise avec un cynisme total pour ces dérogations "exceptionnelles".


    C'est ce projet qu'Estrosi, vente sous l'appellation "écovallée".


    Pour mettre en place l'OIN, l'État a d'ailleurs fait appel à un homme fort respectable, mais dont le parcours n'est pas franchement une formation à l'écologie méditerranéenne : études à l'école des officiers de Saint Cyr, employé au ministère de la défense, directeur régional de la caisse des dépôts et consignations en Champagne-Ardennes(5), puis conseiller technique au cabinet du ministre délégué à l'aménagement du territoire... Christian Estrosi!

 
    L'importance des enjeux de l'OIN en fait le dossier majeur des années à venir pour les Alpes-Maritimes, en terme de démocratie comme en terme d'écologie et d'environnement. Ce n'est pas la vigilance de quelques élus d'opposition brusquement réveillés dans les commissions-alibis, même si elle peut ne pas être totalement inutile, qui suffira à contrer les risques et à mener des propositions alternatives. Ce qui s’impose d’urgence, c’est une prise en main citoyenne, par le plus grand nombre d’hommes et de femmes, à travers un collectif ou une coordination regroupant associations d'environnement, associations luttant pour la démocratie, mouvements ou forces politiques et syndicales, élu-e-s, simples citoyen-ne-s concerné-e-s. Le jeu en vaut la chandelle!

 
Alain Ribière – Bruno Della Sudda
le 25 mai 2008


 

    1- D'autres facteurs explicatifs existent et complètent le précédent : l'illusion typiquement commune au réformisme social-démocrate comme à la tradition stalinienne du recours à l'Etat contre le laisser-faire libéral ; la connivence maintenant avérée à Nice depuis quelques semaines entre la gauche traditionnelle et Estrosi, connivence plus ancienne ailleurs dans le département.


    2- Il y a là de quoi flatter l'ego de quelques uns!!


    3- Et conclu par l'installation de Nicolas Hulot au Fort de la Revère.


    4- La SAEM SACA, qui "aménage" depuis trente ans Sophia-Antipolis et dont les compétences ont été étendues à l'ensemble du département.


    5- Caisse dont le rôle dans cette Opération reste à approfondir.


Les Alternatifs
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