Union Européenne...
Les nuages s’accumulent
Après l’échec de la ratification de son minitraité, Sarkozy peine à animer la présidence de l’Union européenne.
En toute logique, la présidence française de l’Union européenne aurait dû faire les gros titres de la presse, la semaine dernière. Le traitement médiatique et politique de la libération d’Ingrid Betancourt a permis de reléguer au second plan les difficultés de Sarkozy.
Pourtant, le président polonais, Lech Kaczynski, a confirmé qu’il ne signerait le traité de Lisbonne que si l’Irlande en faisait autant. C’est d’autant plus ennuyeux, pour les dirigeants européens, que la Pologne est censée constituer la pierre de touche du dispositif d’élargissement vers l’Est de l’Europe. C’est ainsi qu’il faut comprendre les déclarations de Sarkozy selon lesquelles il n’y aura pas de nouvel élargissement si le traité n’est pas adopté. Le choix du président polonais est guidé par des raisons internes à la Pologne, non par la critique de fond d’un texte dont il a été l’un des principaux négociateurs : au nom d’une bataille contre son Premier ministre, Donald Tusk, il s’appuie avec démagogie sur une fraction conservatrice de la population et, plus largement, il a saisi que l’impopularité de la construction européenne pouvait devenir un enjeu crucial à moyen terme.
Évidemment, la tension est permanente entre les intérêts de la construction européenne et ceux des États-nations qui y participent, mais cette tension s’aggrave en cas de crise. L’illégitimité d’une Europe se construisant dans le dos des peuples ayant de nouveau été révélée par le « non » irlandais, fragilisant au passage l’équipe au pouvoir, une série de dirigeants européens anticipent des difficultés dans leur pays. Sarkozy n’a pas fait autre chose en ménageant la chèvre et le chou, les électeurs du « oui » et ceux du « non », pendant toute sa campagne électorale. Il ne fait pas autre chose aujourd’hui, en alternant les rodomontades et les gages adressés à Bruxelles. La défense du lobby des grands agriculteurs subventionnés par l’Union européenne lui permet de fustiger le libéralisme de l’OMC : il a affirmé ne pas vouloir « laisser faire » un accord qui sacrifierait la production agricole « sur l’autel du libéralisme mondial ». On croit rêver ! Michel Barnier en rajoute : l’agriculture (dans sa forme productiviste, évidemment) ne serait pas un secteur comme les autres (alors que l’éducation ou la santé sont des cibles privilégiées). De même, Sarkozy vitupère contre la hausse des taux d’intérêt, de la Banque centrale européenne. En effet, la crise n’est pas uniquement institutionnelle : la récession économique qui menace va encore approfondir les contradictions.
Pendant ce temps, dans le cadre de leur comité de liaison, le MRC, le PCF, le PRG et le PS ont adopté une courte déclaration sur la présidence française. On comprend mieux, au passage, pourquoi le PCF n’a pas souhaité faire partie du Collectif pour une autre Europe, qui a tenu sa conférence de presse, le mardi 8 juillet. Le problème porte sur le fond politique. Il s’agit d’une déclaration de principes généraux, qui ne mangent pas de pain parce qu’ils ne mentionnent pas les mobilisations nécessaires et ne sont assortis d’aucune exigence sur les moyens à imposer pour les atteindre. Pour « préserver les droits sociaux », « contrôler les marchés financiers », ou « protéger les services publics », pour satisfaire les besoins de toute la population européenne, pour construire l’Europe des travailleuses, des travailleurs et des peuples, il faut s’en prendre aux intérêts des multinationales qui dictent la logique de la construction européenne.
Ingrid Hayes